Homme en veste tenant un chapeau feutre avec une moue gênée

Manger son chapeau : se dédire sous la contrainte, d’où vient l’image

Manger son chapeau, c’est être obligé de changer d’avis ou de retirer ce qu’on avait affirmé. L’expression est familière et s’emploie surtout quand les faits donnent tort à celui qui parlait. Son origine fait l’objet de deux explications, et une variante, « avaler son chapeau », circule aussi.

Que veut dire « manger son chapeau » ?

Le Larousse classe l’expression dans le registre familier : être contraint de changer d’avis, de se dédire. Expressio la rapproche de « se déjuger », « reconnaître son erreur » ou « ravaler sa fierté ».

La nuance tient à la contrainte. Celui qui mange son chapeau ne change pas d’avis de lui-même : une démonstration, un résultat ou un témoin l’y oblige. Il y a donc une part d’humiliation, que ne porte pas un simple « j’ai changé d’avis ».

D’où vient l’expression : deux explications

La première piste est celle du pari. Selon La langue française, l’expression viendrait de la plaisanterie « si je ne tiens pas ma promesse, je mange mon chapeau ». Elle serait une traduction littérale de l’anglais to eat one’s hat, que Charles Dickens écrit en 1837 dans The Pickwick Papers : « If I knew as little of life as that, I’d eat my hat and swallow the buckle whole ». Expressio juge l’expression récente en français.

Livre ancien ouvert posé près d'un chapeau de feutre sur un bureau

La seconde piste passe par le verbe « avaler », qui a eu deux anciens sens : manger et abaisser. Manger son chapeau reviendrait alors à abaisser son chapeau devant quelqu’un qui a raison, un geste d’humilité. Expressio précise n’avoir trouvé aucune trace de l’expression dans ce sens, ni avec « avaler » ni avec « manger ». Les sources ne tranchent donc pas entre les deux pistes.

Manger ou avaler son chapeau : quelle forme employer ?

Le Larousse donne les deux verbes comme équivalents : « avaler, manger son chapeau ». Expressio, de son côté, retient manger son chapeau comme entrée principale et n’évoque « avaler » que dans son explication de l’origine. Les deux formes sont comprises.

L’image garde du sens avec un vrai couvre-chef : un chapeau qui serre trop ne passe pas sans gêne, et ne s’avale pas non plus.

Le chapeau, symbole de la parole et de l’honneur

L’image fonctionne parce que le chapeau a longtemps été un accessoire que tout le monde portait, et dont le maniement parlait de politesse : on le soulevait pour saluer, on l’ôtait pour montrer du respect. Cet usage de retirer son couvre-chef en intérieur existe encore pour la casquette.

Chapeaux de formes variées accrochés au mur d'une boutique

Le chapeau reste aussi un marqueur d’allure, et le chapeau assorti à la forme du visage en fait un accessoire que l’on choisit. Mieux vaut le choisir avec soin que le manger.

Exemples d’emploi et expressions voisines

L’expression s’emploie dans les situations où une affirmation se heurte à la réalité :

  • Après un débat : « Il jurait que le projet ne passerait pas, il a dû manger son chapeau. »
  • Après un pronostic sportif : « Je disais qu’ils seraient relégués, je mange mon chapeau. »
  • Entre amis, à la suite d’un pari : « Tu avais raison sur l’horaire, je mange mon chapeau. »

D’autres expressions disent des choses proches sans être interchangeables. Se dédire décrit le fait de retirer sa parole, sans l’idée d’humiliation. Retourner sa veste désigne un changement d’opinion qui n’est pas forcé. Avaler des couleuvres, enfin, veut dire subir sans protester, ce qui est l’inverse d’un aveu.

Reste le vrai chapeau, qu’il vaut mieux porter à sa taille : la mesure du tour de tête évite d’avoir à le ravaler pour une autre raison. Dans la version anglaise, to eat one’s hat, la promesse de le manger accompagne d’abord un pari.

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